Le berimbau… instrument maître de la roda

Le plus vieil instrument à corde?

Il est peut-être le cordophone le plus ancien. Certainement l’ancêtre de nos instruments à cordes contemporains, comme la harpe, la lyre, la cithare, le violon…Il n’est pourtant apparu dans la roda de capoeira qu’au début du 20ème siècle alors que la capoeira a une histoire bien plus ancienne.

Pour certains spécialistes il viendrait d’Afrique, mais on retrouve aussi des traces des premiers arcs musicaux (ancêtres du berimbau) sur des fresques préhistoriques dans la grotte « des trois frères » dans le sud de la France.

Arc musical
Arc musical

Les légendes brésiliennes et africaines racontent qu’un jeune garçon qui traversait une rivière se fit frapper violemment au cou par un homme surgi de nulle part. Son corps devint un morceau de bois fin et souple, ses membres, la corde, sa tête la calebasse, son esprit une musique douce et sentimentale, comme le son gai ou triste du berimbau. Ainsi naquit cet instrument.

Les cousins du Berimbau

Aujourd’hui, il existe diverses formes d’arcs musicaux proches du Berimbau.
On en trouve dans de nombreux pays : Cuba,  l’Ile Maurice, Réunion, Madagascar, Sénégal, Mali… Chacun ayant sa propre forme, et sa propre façon de jouer. En effet, comme le berimbau certain ont comme caisse de résonnance une calebasse alors que d’autres utilisent la bouche du joueur, sur le même principe que la guimbarde.
L’arc musical s’appelle Berimbau au Brésil, Brobe  à la Réunion et à l’île Maurice, Bomb aux Seychelles, Jejylava à Madagascar, Umuduri au Burundi,  Eotilé ou Dodo en Côte-d’Ivoire, Be ou Mbegn pour les Pygmés, Burumbumba ou Bruro-mmba à Cuba….

          

Umuduri
Umuduri – Burundi
Bobre – Île Maurice

Certain anciens disent que le berimbau sert à communiquer avec les ancêtres. Au Brésil il n’est plus beaucoup utilisé dans des rituels religieux à part dans le Candomblé de Caboclo. Mais à Cuba, il sert à parler avec les esprits dans le culte de la Santeria, comme chez les pygmés dans la religion Eboga.

Fabrication

Le berimbau était considéré par certains comme un instrument fait de récupération :

  • La corde utilisée pour l’ « arame » pouvait être faites de fibres végétales, mais surtout de cuir animal. Aujourd’hui elle est composée d’un fil de fer issu d’un pneu, ou d’une corde de piano (n°10).
  • Le « dobrao » utilisé pour presser la corde, qui à l’origine était un simple caillou, existe également en laiton ou en métal.
  • La calebasse « cabaça » est fabriquée à partir d’un fruit de la famille des courges (en forme de « gourde » ou de forme ovale). Elle est séchée, évidée et plus ou moins ouverte, elle servira de caisse de résonnance au berimbau.
  • Le bois de biriba utilisé pour la « vergua » pouvait anciennement être à bout pointu et pouvait servir d’arme de défense, de nos jours le bout plat est plus courant.
  • Enfin, le caxixi est fabriqué à partir de paille tressée, avec un fond en calebasse (généralement) ou noix de coco. Il est rempli avec des graines ou des petits coquillages. Il produit des sons « claqués » lorsque les graines sont projetées sur le fond en calebasse et des sons plus doux lorsqu’elles sont projetées sur la partie en paille. C’est de ces deux sons que proviendrait le nom de caxixi.

 

Le Berimbau de nos jours, emblème de la capoeira
Le berimbau est un symbole identitaire fort associé aux capoeiristes. On sait que lorsqu’il est présent, le jeu de la capoeira n’est pas loin.
C’est un instrument à caractère noble et cérémonial : les Maîtres en jouent dans la « Roda » (cercle formé par les pratiquants lors du jeu), le fabriquent et en dispensent l’enseignement.

Berimbaus - Roda de capoeira
Berimbaus – Roda de capoeira

Les percussions atabaque et pandeiro qui entrent également dans l’accompagnement musical de la capoeira, ne se sont pas quant à eux limités à la pratique de la capoeira. En effet, ils sont pratiqués ailleurs, dans un univers musical riche et varié (samba, choro, candomblé…) et n’y sont donc pas aussi étroitement associés.

Le Berimbau est un instrument entouré de magie qui est utilisé depuis des millénaires.  Les sons qu’il produit captivent, les rythmes que l’on joue emportent l’esprit très loin.
Malgré son apparente simplicité, sa maîtrise peut demander parfois du temps car au-delà de la technique, il y a l’émotion : il faut ressentir les rythmes qui doivent être joués, cela afin de faire vraiment « chanter » le berimbau.
A vous maintenant de faire « chanter » le berimbau 🙂

Le berimbau peut apaiser l’âme lorsque sont joués des solos mélancoliques ; son rythme est noir et fort, une pulsation profonde et puissante qui touche directement le cœur. Il inonde l’esprit, l’espace et le temps avec la force de la marée.

 L’aura intense qui émane de ce simple arc musical vous enveloppe lentement. Sans même que vous le réalisiez, la magie puissante du berimbau à apprivoisé votre âme.

Parfois, le berimbau peut enflammer votre cœur avec la puissance de trompettes guerrières et donner à vos mouvements une vitesse impressionnante. Dans ces moments, vous ne connaissez plus la peur. Votre adversaire peut lancer ses attaques aussi vite que possible sans arriver à rien. Seuls les espaces vides peuvent absorber les coups mortels. C’est comme si le corps perdait sa consistance matérielle et n’offrait plus de résistance. L’attaque et la défense ne font plus qu’un. Les coups puissants fusent de façon inoffensive. En obéissant au berimbau, vous êtes protégé.

 Extrait de « Capoeira : Histoire, philosophie et pratique » de Bira Almeida, 2005

by Gatinha

Sources :